Portée par le boom des équipements mobiles, engendrant de nouveaux besoins tirés par le grand public, initiant des business modèles inédits, la révolution de la mobilité va obliger les éditeurs de logiciels de gestion à revoir leurs applications pour en adapter les interfaces homme-machine.
Un défi beaucoup plus complexe qu'il n'y paraît. Très présent dans le secteur du Retail, directement concerné, Cegid a pris conscience de l'importance de l'enjeu. Evalué aujourd'hui à quelque 850 millions de dollars, le marché mondial des équipements de mobilité fait fi de la crise et continue son irrésistible progression. Les terminaux mobiles, déclinés en de multiples gammes et modèles sans cesse renouvelés (PC portables, netbooks, smartphones, tablettes...) séduisent toujours de plus en plus de consommateurs. En 2010, selon l'IDATE, on comptait plus de 46 millions de nouveaux souscripteurs d'abonnements mobiles dans le monde... par mois !). Et au delà des équipements, c'est le marché des applications et des services mobiles qui explose. Selon Gartner, le téléchargement d'applications mobiles génère déjà plus de 6 milliards de dollars : un montant qui va, prévoit-il, plus que tripler d'ici 2013.
Les promesses des nouvelles technologies
Désormais, plus d'un mobile vendu sur deux est un smartphone. D'où la floraison de nouvelles applications de toutes natures dédiées à leurs usagers : services d'informations, réseaux sociaux, campagnes promotionnelles, services à la personne, etc. En parallèle, la généralisation de la technologie sans contact NFC ("Near Field Communication") ouvre d'immenses perspectives dans des applications de paiement et d'authentification de la personne : systèmes d'encaissement sans carte, billetterie dématérialisée, coupons de réduction, cartes de fidélité, transferts d'argent sécurisés, signature électronique, etc. De nombreux secteurs d'activités (commerce, banques, services...) cherchent à tirer profit de ce levier de croissance. Le domaine de la distribution, du commerce de détail (retail), comme celui de l'hôtellerie-restauration, est particulièrement concerné.
Or, l'explosion des applications mobiles constitue un redoutable défi pour les éditeurs de logiciels professionnels : ils ne pourront bientôt plus faire l'impasse sur la nécessité d'intégrer cette nouvelle donne dans leurs offres applicatives, en anticipant la généralisation des nouveaux usages tirés par le grand public. Sont particulièrement concernés les progiciels de CRM (où les pratiques de mobilité appellent des fonctions avancées de marketing, de fidélisation clientèle et de CRM social), les ERP (pour la gestion commerciale et la logistique en particulier) ou encore la GRH (gestion des temps et des activités...), congés, absences, formation, visites médicales, virements de salaires...). Au cœur de ces aménagements nécessaires, une problématique clé, dont rares sont les éditeurs à mesurer aujourd'hui l'importance : celle de l'interface utilisateur, prolongement naturel de l'évolution du poste client.
Des redécoupages fonctionnels induits par les contraintes d'affichage
En effet, conçues au départ pour les écrans de PC traditionnels (de type 15, 17 ou 20 pouces), les applications professionnelles de gestion ne peuvent être transposées telles quelles sur des équipements mobiles, smartphones ou même tablettes (type iPad). Les surfaces d'affichage des terminaux mobiles, très réduites, nécessitent de limiter le nombre d'informations à afficher, donc d'en faire une sélection intelligente et ergonomique, ce qui réclame bien souvent un condensé ou un redécoupage des fonctionnalités. Pour la saisie, il faut simplifier au maximum les procédures, le clavier miniaturisé n'étant pas adapté à la saisie de textes. En revanche, on pourra tirer partie des avantages propres aux terminaux mobiles : écran tactile, caméra (pour la lecture et la reconnaissance de données, le scan par exemple de documents ou d'images), puce RFID intégrée (dans la nouvelle génération de mobiles), carte SIM pour la sécurité et l'authentification, géolocalisation, etc. Dans le monde du Retail, pour ne citer que cet exemple, la révolution de l'interface homme-machine a un impact sur les processus d'encaissement, de validation de la transaction et de facturation.
Une réflexion à conduire sur de nouveaux business models
La diversité et le nombre des plateformes propriétaires (Apple, Google/Android, Microsoft, Blackberry...) accroissent la complexité du sujet, obligeant les éditeurs de solutions logicielles à prévoir, en attendant l'éventuelle normalisation du marché, des environnements de mobilité extrêmement variés. Dans leur approche de l'interface utilisateur, les éditeurs devront suivre le rythme de l'évolution ultra-rapide des technologies (tous les deux ans arrive une nouvelle génération de mobiles), ce qui pourrait bousculer la road map de leurs produits. Les technologies les plus modernes, marché de masse oblige, sont délibérément orientées multimédia : une orientation qui convient aux éditeurs de jeux vidéo et de serious games mais qui n'est pas naturelle pour les éditeurs de solutions de gestion. Enfin, ceux-ci devront s'intéresser de près aux nouveaux modèles économiques de distribution (inspirés de l'Appstore) que pose le téléchargement des applications mobiles, jusque là sans équivalent dans le monde logiciel : d'où des réflexions à conduire sur la définition de niveaux de services (SLA), de nouveaux modes de licensing, etc.
Bref, dans le cadre de la révolution de la mobilité, l'interface du poste client est loin d'être une question triviale. N'en doutons pas, les éditeurs qui sauront l'anticiper dans toutes ses dimensions (techniques, fonctionnelles, juridiques et commerciales) prendront une longueur d'avance sur la conquête de leurs marchés.