Le monde de l'industrie se méfierait-il de la gestion en mode SaaS ? La question mérite d'être posée, vu la faible percée de ce mode de gestion informatique dans les entreprises industrielles. Ces dernières hésitent peut-être à confier à des tiers la gestion de l'informatique liée à leurs process industriels, leur cœur de métier, donc. Ces réticences ne sont pas liées, ou pas seulement, au caractère stratégique des applications informatiques qui seraient confiées à un hébergeur. Après tout, dans le monde du négoce par exemple, où les livraisons ont lieu 24 heures sur 24, le moindre accroc dans le système d'information est au moins aussi handicapant que dans celui de l'industrie. Les préoccupations liées à la sécurité sont partagées par toutes les typologies d'entreprises, et aujourd'hui, les éditeurs qui proposent des solutions de gestion en mode SaaS doivent convaincre de leur fiabilité, notamment grâce à de solides structures d'hébergement.
Et les prestataires le démontrent avec des solutions qui sont souvent d'un niveau de sécurité et de fiabilité supérieur à ce que les entreprises déploient en interne, du fait de la spécialisation de ces acteurs et des enjeux commerciaux que cela représente pour leur activité.
La méfiance de l'industrie a une autre origine. En effet, ce secteur a une forte culture de la confidentialité. Il est de ce fait nécessaire de mettre ses clients en confiance et pour cela établir des clauses avec ses propres salariés. Il n'est d'ailleurs pas rare de voir certains clients demander à revoir les contrats pour y insérer des dispositions relatives à la confidentialité. C'est vrai à l'égard des salariés du prestataire qui sont en contact avec ces données confidentielles, mais aussi à l'égard de toutes les personnes amenées à manipuler ces données dans la chaîne de relations qui lie l'industriel à ses partenaires et sous-traitants.
Par ailleurs, l'industrie a poursuivi une démarche d'informatisation depuis de nombreuses années, bien avant le SaaS, et a donc développé les compétences informatiques nécessaires à son exploitation. Il y a même des DSI industrielles, distinctes, dans certaines organisations. Ces DSI disposent de compétences liées aux technologies informatiques développées sur les équipements de manutention et de production, voire sur les produits et systèmes complexes qui sont fabriqués dans les usines.
Enfin, le volume de données manipulées, en temps réel, par la production peut être colossal. Les solutions informatiques intègrent donc des mécanismes assurant la sécurité et l'unicité des données pour garantir la fiabilité sans faille de l‘application. Le SaaS, à défaut de retours d'expériences solides, est encore un mode de consommation de services informatiques très novateur réservé aux « pionniers ». Des expériences de centralisation et de virtualisation de serveurs sont en cours au sein de grosses unités industrielles qui vont constituer des premiers retours approchant le concept de Cloud par un chemin spécifique. Mais les entreprises industrielles peuvent s'intéresser au SaaS sur d'autres thématiques qui les amèneront à développer des arguments pour le développement de ce nouveau mode de consommation informatique pour leurs activités « cœur de métier ».
L'industrie est un secteur qui a subi de grandes transformations ces dernières décennies sous l'influence notamment de la mondialisation et du poids croissant des réglementations. Selon une étude de l'institut de l'entreprise , publiée en 2009, ces transformations ont notamment porté sur une recomposition de l'emploi industriel avec une redistribution des services aux entreprises. Dans cette nouvelle organisation, les entreprises industrielles doivent gérer une complexité croissante des relations entre les maillons de la chaîne de valeur marquée par une plus forte division des tâches et une plus grande dispersion géographique des acteurs, parfois sur tous les continents. La notion de collaboration entre les maillons de la chaine a donc pris une importance stratégique, y compris avec les maillons qui n'ont pas les capacités d'investissement dans des progiciels adoptés par les grands groupes internationaux.
La question se pose notamment pour la conception produits lorsque des sous-traitants de petite taille participent au processus. Le mode SaaS apparaît alors comme une possibilité de donner accès aux acteurs les plus petits à des outils de même facture que les plus grands et de participer de façon active à la collaboration. Une fois surmontée la question de la sécurité des données, particulièrement cruciale dans cette phase, les entreprises peuvent accéder à des services collaboratifs qui leur permettront par exemple d'organiser des revues de conception à distance et plus généralement de partager toutes les données utiles dans le cadre du projet y compris des données complexes que constituent les objets de conception.
Les achats et relations fournisseurs sont un autre domaine où le SaaS se développe. Les solutions peuvent être utilisées par les « petits » fournisseurs qui, comme dans le cadre de la conception, s'intègrent alors à la chaine de valeur dématérialisée. Mais des plates-formes EDI sont également proposées en mode SaaS et permettent la gestion des échanges entre tous les acteurs inscrits sur cette plate-forme sans qu'aucun ne soit « propriétaire ». Les services proposés peuvent être l'acheminement des messages standardisés, la dématérialisation des factures ou encore le postage de données telles que des informations sur les stocks, les livraisons à venir, ou encore tout indicateur lié à la relation fournisseurs : volumes traités, indicateurs de performance fournisseur, de qualité de prévisions client…
Le SaaS pour la gestion des situations des filiales de groupe
Si le cœur de l'activité dans les grands groupes industriels est informatisé depuis longtemps avec une infrastructure organisée et des équipes d'exploitation, ces mêmes grands groupes peuvent aussi comporter des petites usines très spécialisées ou isolées dans un pays, loin des équipes informatiques ou encore une division en cours de création. Autant de situations « qui peuvent amener une entreprise à prendre en considération des solutions de gestion en mode SaaS.
Les entreprises industrielles y trouveront alors les avantages classiques du SaaS qui permettent de ne pas investir dans une infrastructure ni une équipe informatique tout en favorisant l'innovation technologique, puisque toutes ces fonctions sont prises en charge par le fournisseur de façon « transparente » pour l'utilisateur. Ces entreprises pourront également profiter d'une solution qui pourra être déployée rapidement, sur une petite activité, pour accompagner la croissance attendue.
L'industrie utilise encore pas ou peu le SaaS pour ses opérations « cœur de métier » et il existe d'ailleurs encore peu de solutions industrielles ni même d'ERP avec une gestion de production en mode SaaS. Les premiers retours sur investissement prouveront, si besoin était, l'intérêt de ce mode de consommation du système d'information et accroîtront son développement au cœur des usines. Les entreprises industrielles pionnières, qui adopteront tôt le SaaS, bénéficieront d'un réel avantage concurrentiel sur leur filière.