Prochain et dernier volet : la position de Cegid sur le sujet.
Le marché de l'informatique en nuages n'en est qu'à ses débuts. Mais, de l'avis de tous les experts, il dispose d'un fort potentiel de croissance, poussée notamment par la pression financière que subissent les entreprises dans un climat économique tendu. Ce marché englobe des acteurs hétéroclites, allant de l'éditeur de logiciels à l'expert en virtualisation en passant par l'opérateur de télécoms ou la SSII. Sur les différents segments de marché du cloud, l'édition de logiciels, avec tout un écosystème de partenaires en train de se fédérer autour d'elle, y occupe une position clé.
Les chiffres fournis par les cabinets d'études de marché varient, mais l'ordre de grandeur du marché du cloud, pour les cinq années à venir, s'exprime en dizaines, voire centaines de milliards de dollars. Peu de marchés aujourd'hui font l'objet de prédictions aussi optimistes. De 2009 à 2014, la prévision de croissance mondiale pour le logiciel en mode cloud est quatre fois supérieure à celle du logiciel sous licences. Selon le cabinet Gartner, les services cloud vont croître au rythme de 16,6% par an. Selon McKinsey, 60 % des PME américaines souhaitent des solutions facturées à la demande et la dépense des PME dans les services cloud devrait atteindre 32 milliards de dollars en 2015 au niveau mondial. Cette croissance devrait en particulier profiter aux domaines de la gestion de la relation clients (CRM), de l'e-commerce, des outils collaboratifs et de l'ERP en général y compris sur des fonctions transverses de l'entreprise. Si le cloud ne représente actuellement que 2% du marché de l'ERP, il devrait connaître une forte progression. Le cabinet d'analyse Forrester prédit en effet aux solutions d'ERP en mode SaaS un niveau d'adoption comparable à celui du CRM ou du HRM (gestion des ressources humaines) et une croissance de 21% par an d'ici 2015, pour atteindre une part de marché d'environ 4% à cet horizon.
Trois grandes catégories d'acteurs
On distingue généralement trois grandes catégories de fournisseurs de cloud :
- Les acteurs de IAAS (Infrastructure as a Service). Il s'agit de sociétés mettant à la disposition du marché des ressources d'infrastructure mutualisées et localisées dans des datacenters distants telles que des ressources de stockage de calcul ou encore de puissance machine. Dans cette catégorie, on recense des acteurs comme Amazon Web services, Windows Azure, IBM ou encore Orange. Sur ce marché, les opérateurs télécoms, spécialistes des réseaux, ont leur carte à jouer et certains proposent déjà des solutions d'accès réseaux à la carte ou à la demande. Ce segment de marché du cloud, encore peu important, n'intéresse encore que les très grandes entreprises. Et pourtant, l'IaaS est nécessaire pour offrir la flexibilité et l'automatisation promise par le cloud : d'où son fort potentiel de croissance auprès des entreprises clientes mais aussi auprès des autres fournisseurs de briques cloud tels que les éditeurs de logiciels qui ont besoin d'infrastructures de type IaaS pour déployer leur propres solutions cloud.
- Les acteurs du PAAS (Plateforme as a Service). Ils sont spécialisés dans la fourniture d'environnements middleware et de plateformes de développement en mode cloud. La plateforme est hébergée et mise à disposition pour des tests ou proposée dans un environnement de production pour les développements. On y trouve des acteurs comme Salesforce.com ou Google qui proposent des plateformes PaaS autour de leurs solutions SaaS permettant notamment d'en étendre le périmètre fonctionnel (Force.com dans le cas de Salesforce, GoogleApp Engine dans le cas de Google), ou des acteurs comme Heroku ou Microsoft avec Windows Azure qui offrent des environnements de développement complets en mode cloud. Mais ce segment du cloud, le plus récent, n'en est encore aujourd'hui qu'à ses balbutiements même s'il promet d'être un segment extrêmement compétitif au vu du nombre important d'acteurs, pure players ou éditeurs historiques, qui se positionnent sur ce marché
- Les acteurs du SAAS (Software as a Service). Les éditeurs et autres fournisseurs de logiciels de gestion en mode cloud (souvent d'anciens pionniers de l'ASP) constituent de loin le principal moteur de croissance de ce marché. Le SaaS génère à lui seul plus de 80% des revenus du monde du cloud aujourd'hui. Sa cible est large : les entreprises de toutes tailles, et en particulier les PME. Ces dernières années, nous assistons à la multiplication des offres SaaS, avec une accélération en 2010. Les domaines applicatifs les plus touchés par la vague du SaaS sont historiquement les applications de collaboration d'entreprise (messagerie, agenda partagé, gestion de projet, conférence web, etc.), la GRH (gestion de la paie et des ressources humaines ), le CRM (gestion de la relation clients, campagnes e-mailing...), la finance (gestion de trésorerie, des notes de frais, de la facturation, etc.), la gestion des achats (gestion d'appels d'offres, e-sourcing, e-procurement, etc.). Plus récemment, l'ERP, pourtant plus difficile à externaliser vu son caractère critique pour l'entreprise, devient lui aussi candidat au SaaS, surtout à destination des PME ou des départements de grands comptes.
L'enjeu du service
Pour les éditeurs de logiciels, le passage de leurs offres dans le monde du cloud représente un enjeu clé. En mutualisant leurs offres, ils peuvent proposer des prix plus compétitifs, un pricing plus souple et plus avantageux pour leurs clients. Le principe d'une tarification à l'abonnement (mode locatif) est pour l'éditeur synonyme de revenus récurrents. Au-delà, les logiciels de gestion ne se différencient plus seulement sur les fonctionnalités mais aussi grâce à leurs services associés. D'où l'intérêt pour les éditeurs d'enrober leurs offres logicielles de toute une panoplie de services, dont beaucoup sont à inventer : facilité d'accès, disponibilité, évolutivité, fonctions en self-service, souplesse et réactivité face aux montées et descentes en charge de l'utilisateur, ou encore gestion et fédération d'identités, mais aussi des services d'un nouveau genre, beaucoup plus centrés sur le métier du client et apportant encore plus de valeur pour les entreprises utilisatrices. Pour délivrer ces services, les éditeurs s'appuieront par exemple sur des acteurs de BPO (Business Process Outsourcing) qui prendront en charge certains processus métier de l'entreprise, comme par exemple les achats, la comptabilité, la finance, la gestion de la relation client ou même celle des ressources humaines et de la paie en s'appuyant sur les solutions SaaS de l'éditeur. L'important ici pour l'entreprise finale ne sera plus la solution logicielle mais bien le bénéfice métier.
Tout un écosystème en construction
Les éditeurs ont ainsi tout intérêt à s'associer à des partenaires métier ou spécialisés. But : enrichir l'offre et l'adapter à des besoins métier particuliers pour pouvoir répondre plus largement aux besoins du marché. Voilà pourquoi est en train de se développer autour de l'édition logicielle tout un écosystème de fournisseurs de services, disposant avec le cloud des outils nécessaires pour travailler en mode collaboratif : intégrateurs, sociétés de services, spécialistes métier, hébergeurs tiers, opérateurs, gestionnaires de datacenters, etc. Le cloud est ainsi en train de restructurer le marché des offreurs. Avec ce nouveau modèle de conception et de consommation de logiciels, nous assistons à une redistribution des cartes dans le monde de l'édition, qui verra la conversion inévitable de certains acteurs traditionnels et l'apparition très probable d'acteurs nouveaux sur ce marché.